Madame Royal n’est pas à une (définitive) affirmation près. Avec son habituel ton péremptoire, “donnez moi la liste des noms des opposants en prison !” …

Voici quelques réponses édifiantes …

Cuba : les chiffres de la répression et de la censure (Sud Ouest)

La ministre de l’Ecologie a rendu hommage à Fidel Castro en parlant d’un “monument de l’Histoire”, grâce auquel “les Cubains ont récupéré leur territoire, leur vie, leur destin”. Elle a également déclaré qu’il y avait “beaucoup de désinformation” sur les violations des droits de l’Homme reprochées par l’ONU et l’opposition au régime.

8600 opposants au régime arrêtés en 2015

Les rapports les plus récents d’Amnesty international et de Reporters sans frontières à propos de Cuba sont pourtant sans équivoque. “8600 militants et opposants au régime ont été placés en détention pour des motifs politiques en 2015”, rappelle Amnesty international qui semble donc avoir les listes des prisonniers politiques dont Ségolène Royal nie l’existence. Le régime cubain a procédé à “882 arrestations arbitraires au mois de septembre 2015 avant la visite du pape François, le 20 septembre”, note également Amnesty international.

Pire pays d’Amérique latine en matière de liberté de la presse

“Exercer sa liberté d’expression peut valoir la prison”, soulignait aussi l’organisation de défense des droits de l’Homme. Amnesty International rappelle qu’elle est interdite de territoire cubain depuis 1990. Elle qui dénonce un “quasi-monopole de l’État dans les médias”. Pour Reporters sans frontières, “Cuba est le pire pays d’Amérique latine en matière de liberté de la presse”. RSF a placé Cuba au 171e rang sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse en 2016. “Arrestations abusives, menaces, campagnes de dénigrement, confiscations de matériel, fermetures de sites web”, le régime use de toutes les techniques pour museler les critiques à son égard et dispose “d’un arsenal de lois restrictives”, rappelle RSF.

Internet censuré

“C’est l’un des pays les moins connectés à Internet du continent américain”, souligne Amnesty international dans son rapport 2016. “Seulement 25% des Cubains utilisent Internet et à peine 5% des foyers sont connectés”. De plus, “l’accès à Internet y est censuré”. Amnesty rappelle aussi que jusqu’en 2008, il était interdit d’être propriétaire d’un ordinateur ou d’un lecteur de DVD dans l’île. Des rapports, des chiffres et des listes qui ne semblent pas être arrivés jusqu’à Ségolène Royal.

Pluie de critiques sur Ségolène Royal après son hommage à Castro (L'Express)

Ségolène Royal avait relativisé samedi les violations des droits de l’Homme reprochées au régime notamment par l’ONU et Amnesty International.

Il y a toujours du positif et du négatif dans les histoires, mais (…) on sait qu’ici, quand on demande des listes de prisonniers politiques, on n’en a pas. Fournissez-moi des listes de prisonniers politiques, à ce moment-là on pourra faire quelque chose“, avait-elle dit.

Je suis prêt à lui fournir une liste immédiatement“, a rétorqué, “indigné” l’écrivain Jacobo Machover, exilé en France.

Mme Royal est complètement aveugle ou fanatisée par la propagande cubaine“, a ajouté sur France info l’auteur de “Cuba, une utopie cauchemardesque” en évoquant “les milliers d’emprisonnés“, de condamnés “pour rien du tout“, les “fusillés“, et tous les morts en mer “qui essayaient d’échapper au paradis socialiste dépeint par Mme Royal“.

Exilée en France, la romancière Zoe Valdés a fustigé des “déclarations honteuses sur Cuba“.

Rare voix à défendre les propos de Mme Royal, Jean-Luc Mélenchon, admirateur de Fidel Castro, a estimé sur France 3 que “peut-être que ça rétablit l’équilibre” envers un régime tant décrié.

Au lendemain de la mort de Fidel Castro, Amnesty International avait rappelé “la répression systématique des libertés fondamentales” tout au long de son règne.

L’état actuel de la liberté d’expression à Cuba, où des militants continuent d’être arrêtés ou d’être victimes de harcèlement (…) est le plus sombre héritage de Fidel Castro“, soulignait l’organisation.

Dimanche, Mme Royal est revenue sur ses propos estimant que “c’était aux historiens de faire le bilan” du régime et que “le problème” des violations des droits de l’Homme “devait être réglé, effectivement“.

Ségolène Royal fait l'éloge de Fidel Castro, tollé dans la classe politique (Le Figaro)

Le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a fait part de sa gêne dimanche: «Je (n’aurais pas dit) les choses comme cela», a-t-il dit lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. «La révolution cubaine est défendable face au régime de Battista, qui était un homme corrompu. (Mais) le régime castriste ne l’est pas (…) Je crois qu’elle (Royal) était dans l’enthousiasme cubain, et qu’elle a voulu exprimer sa solidarité (…) Ça n’est pas son genre (de revenir sur ses déclarations), mais elle peut en faire d’autres. Elle peut souligner aussi que ce régime s’est maintenu à cause du boycott américain. Ça ne justifie rien du tout, mais ça explique».

La secrétaire d’Etat chargée de l’aide aux victimes Juliette Méadel a désavoué sa collègue de gouvernement sur BFMTV: «J’ai partagé beaucoup de choses avec Royal. Mais je dois dire que sur son analyse du castrime, je ne m’y retrouve pas.» , a-t-elle déclaré. «Ma gauche à moi elle n’encense pas Fidel Castro car il est loin d’être un parangon de vertu démocratique», a-t-elle ajouté.

Jack Lang à propos de Ségolène Royal: "Peut-être avait-elle bu un peu trop de rhum" (BFM tv)

“Je n’ai pas envie de me livrer à une galéjade mais avait-elle bu un peu trop de rhum en arrivant à La Havane?” a ironisé Jack Lang, ce lundi matin sur France Inter, interrogé sur les propos polémiques de Ségolène Royal sur les droits de l’homme à Cuba. “Comment peut-on à ce point nier la réalité? (…) J’ai clairement dit que ce régime était un régime d’oppression, de répression. Combien de fois j’ai été appelé en tant que ministre à intervenir auprès d’eux pour libérer des prisonniers politiques et des artistes, et des poètes. On ne peut pas à ce point nier une réalité qui est toujours présente” a renchéri le président de l’institut du monde arabe.

Interrogé sur une éventuelle sanction à l’encontre de la ministre, Jack Lang a simplement répondu: “Je n’en appelle à rien du tout, je suis attristé”.